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Actualités28 novembre 2021

Les enjeux économiques de la COP26

enjeux COP26

Tic-tac… La lutte contre le réchauffement climatique est toujours plus urgente. Pour tenter d’éviter les prédictions catastrophiques du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les membres de la COP26 se sont réunis à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre au Scottish Event Campus pour une rencontre au sommet.

Entre les engagements nationaux à réduire les émissions de gaz et la diminution progressive de l’utilisation d’énergies fossiles, chaque gouvernement a sa carte à jouer pour combattre efficacement le réchauffement climatique. Mais si les membres ont finalement trouvé un terrain d’entente, le bilan de la COP26 reste mitigé.

Quelles sont les mesures phares de cette rencontre ? Sont-elles suffisantes pour atteindre les objectifs fixés ? Quelles nouveautés feront leur apparition dans la vie économique de chacun ? Quels secteurs d’investissement seront les plus impactés ? On vous donne les clés pour comprendre les enjeux de la COP26 et participer au changement à votre échelle !

Retour sur la création de la Conférence des Parties

Pourquoi la COP a-t-elle été créée ?

Remontons le temps jusqu’en 1992. Du 5 au 30 juin, la conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, également appelée le sommet de la Terre, réunit les chefs d’État et de gouvernement de 189 pays.

Ce questionnement au sujet de l’environnement s’explique par le premier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur le réchauffement de la planète. Il confirme le risque d’une hausse des températures, et l’évalue à +3°C d’ici 2050 en comparaison avec l’ère préindustrielle, en 1850.

En réponse à ce constat sans appel, les pays réunis à Rio signent la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Ils créent également un groupe décisionnel : c’est la naissance de la Conférence des Parties (COP).

Rio, Berlin, Kyoto : les bases de l’édifice

Le premier sommet sur le climat a lieu du 28 mars au 7 avril 1995 à Berlin. Son but ? Fixer pour chacun des 120 dirigeants participant des objectifs à atteindre en matière d’émissions de gaz à effet de serre (GES). L’hôte de la COP1 montre l’exemple : l’Allemagne sert de modèle avec son objectif de -30 % d’émissions de GES entre 1987 et 2005.

Cependant, cette conférence a plus une valeur symbolique que concrète. Aucun engagement majeur n’est pris durant cette réunion. Il faudra alors attendre la COP tenue au Japon en 1997 pour voir se dessiner les premières lignes directrices solides avec la ratification du Protocole de Kyoto.

Le saviez-vous ? La COP1 de Berlin a été organisée par Angela Merkel, qui est alors ministre de l’Environnement.

La COP21 : un tournant symbolique

L’Accord de Paris de la COP21 est signé par 197 pays en 2015. Il a été conclu pour un cycle de 5 ans : au début de chaque cycle, les pays signataires actualisent leur plan national individualisé pour la réduction des émissions de GES. Ces plans nationaux, qu’on appelle des contributions déterminées au niveau national (CDN), servent à définir la stratégie de chaque pays membre pour réduire les émissions de carbone.

Les CDN sont soumises à l’ONU et l’engagement de chaque pays doit évoluer au fil du temps. La COP26 est la première actualisation de CDN depuis la COP21, l’objectif étant de réétudier les contributions tous les ans pour les rendre toujours plus exigeantes.

Bon à savoir : la COP26 a été repoussée d’un an en raison de la pandémie de Covid-19.

COP26 : les objectifs se précisent

Quelles sont les aspirations des pays membres ?

Les pays participant à la Conférence des Parties ont quatre buts à atteindre à long terme. Le premier concerne la garantie de la neutralité carbone d’ici 2050 dans le but de ne pas dépasser la limite des +2°C (en restant idéalement sous les +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle).

Qu’est-ce que la neutralité carbone ? Ce terme signifie que la quantité de dioxyde de carbone émise par l’humain est égale à la quantité de carbone absorbée par les puits de carbone naturels (comme la végétation, l’océan et les sols).

Pour parvenir à atteindre la neutralité carbone, il faut que les émissions de gaz à effet de serre soient divisées par deux d’ici 10 ans. Pour ce faire, il est indispensable d’augmenter la superficie des puits de carbone comme les forêts et les zones humides.

La protection des communautés et des habitats naturels est également un critère que doivent prendre en compte les États membres de la COP. La raison ? Les catastrophes naturelles et l’épuisement des ressources menacent de plus en plus de personnes. C’est pourquoi il faut mettre en place des systèmes d’alerte et de défense, mais aussi repenser les infrastructures et le système agricole.

Dans ce but, les pays sont appelés à rejoindre l’Adaptation Action Coalition et le Risk-Informed Early Action Partnership, deux groupements visant à atteindre au plus vite ces objectifs humanitaires et climatiques.

« L’humanité a longtemps joué la montre sur le climat. Il est minuit moins une sur l’horloge de l’apocalypse et nous devons agir maintenant » – Boris Johnson

Autre point d’attention pour les parties : la mobilisation des finances. Il faut de manière générale que les finances publiques et privées, à l’échelle mondiale, repensent leurs modèles économiques et investissent dans la transition énergétique.

Cet objectif est d’ailleurs lié à une dernière mission, qui est la capacité des États à travailler ensemble. L’atteinte des objectifs dépend en grande partie de l’aptitude des pays membres à trouver une solution pour les marchés de carbone, ensemble. Pour cela, il est nécessaire de :

  • créer un système solide de crédits carbone permettant de soutenir le passage à la neutralité carbone ;
  • mettre en place d’un système universel transparent visant à encourager les pays à respecter leur engagement ;
  • inciter les gouvernements à être ambitieux via la négociation d’un accord.

Les points forts de la COP26

Plusieurs accords ont été signés en marge de la déclaration finale :

  • une centaine de pays s’engagent à une réduction des émissions de méthane de 30 % d’ici 2030 ;
  • un accord veut mettre fin au financement à l’étranger de projets d’énergies fossiles sans techniques de capture de carbone d’ici 2022 ;
  • 10 pays veulent accélérer l’abandon de la production de gaz et de pétrole ;
  • un accord « sans précédent » voulant mettre fin à la déforestation a été signé par des pays représentant 85 % des forêts tropicales du monde.
  • une coalition de pays, villes, régions et plateformes de mobilité partagée veut une accélération de la transition vers 100 % de véhicules zéro émission d’ici 2040. Mais plusieurs acteurs majeurs du marché (France, Allemagne, Volkswagen, Stellantis) n’ont pas signé cet accord.

Que prévoir pour la suite ?

L’objectif de limitation de la hausse de température à 1,5°C est impossible à atteindre au vu des contraintes mises en place. En effet, les moyens mis en place pour atteindre ce but restent insuffisants au vu de l’urgence de la situation. D’après l’ONU, on se dirige plutôt vers le scénario « catastrophique » du GIEC, à savoir +2,7°C par rapport à l’ère préindustrielle (+2,4°C au mieux). C’est pourquoi l’accord final appelle les États à relever leurs engagements individuels en matière de réductions d’émissions de gaz à effet de serre dès 2022.

Bon à savoir : les engagements pris par les parties seront à nouveau étudiés l’année prochaine lors de la COP27, et non pas dans 5 ans.

Glasgow : quelles sont les zones d’ombre ?

La question des énergies fossiles

Les mesures prises lors de la COP26 ne font clairement pas l’unanimité du côté des associations de défense de l’environnement, qui jugent les termes de l’accord inadaptés face à l’urgence de la situation climatique, Greenpeace en tête. L’ONG estime en effet que « le résultat de cette COP26 est très insuffisant, si ce n’est un fiasco ».

D’autres figures phares de la lutte contre le réchauffement climatique partagent cette déception. À commencer par le président britannique de la COP, Alok Sharma, qui s’est dit « profondément désolé » de ce dénouement. Greta Thunberg a quant à elle qualifié la COP26 de « bla bla ».

La raison principale de ce constat amer ? Le rétropédalage concernant le problème causé par les énergies fossiles. Il était au départ prévu dans le traité de s’accorder sur la « disparition progressive du charbon ». Mais sous la pression de l’Inde et de la Chine, le texte final appelle à organiser « la diminution progressive du charbon ».

Mauvais timing : Pékin a annoncé en pleine COP que la Chine avait augmenté la production de charbon d’un million de tonnes par jour…

Pour voir le verre à moitié plein, notons que c’est tout de même la première mention des énergies fossiles dans un accord : elles n’étaient pas citées dans l’Accord de Paris, sous la pression de l’Arabie Saoudite.

L’aide financière promise aux pays du Sud

L’autre cause de déception est le fait qu’il n’est pas question du financement des dégâts causés par les impacts du changement climatique dans les pays en développement dans l’accord final. Ces derniers sont les plus impactés par les canicules, sécheresses et tempêtes résultant du changement climatique, alors que la responsabilité de ce phénomène incombe principalement aux pays riches.

Lors de la COP de 2009 à Copenhague, les pays développés leur avaient pourtant promis une aide pour le climat de 100 milliards de dollars (soit 86 millions d’euros) par an à partir de 2020. Cette mesure n’a, pour l’instant, pas été respectée.

Le problème est que l’avancement des pays en développement sur le plan climatique dépend en grande partie de l’aide versée par les pays du Nord. Conséquence : les objectifs de réduction des GES du Maroc passent de 45,5 % d’ici 2030 à 18,3 % sans aide extérieure. Au Nigeria, ce taux passe de 47 % à 20 %, et, au Mexique, de 36 % à 22 %.

Bon à savoir : l’objectif de l’UE en réduction d’émissions de GES est passé de -40 % à -55 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990.

Réchauffement climatique : quel impact sur l’investissement ?

Investir autrement avec les fonds ISR

Pour les particuliers souhaitant agir contre le réchauffement climatique selon leurs moyens, il est possible de se tourner vers les investissements socialement responsables (ISR). Leur objectif : permettre d’investir dans des entreprises soucieuses du développement durable en se basant sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

Les investisseurs peuvent également, s’ils le souhaitent, placer leur argent dans des fonds d’exclusion (ou fonds éthiques). Leur principe est simple : ces fonds excluent certains secteurs pour des raisons religieuses ou morales. Par définition, cette classification concerne aussi les activités pouvant être considérées comme dangereuses pour l’environnement telles que le nucléaire ou la culture d’OGM.

Quand les entreprises s’engagent

Face à la déception causée par la COP26, des entreprises ont formé des coalitions pour répondre à l’urgence climatique. Parmi elles, la MAIF. L’entreprise s’est engagée à rendre ses investissements plus verts, sans lien avec les énergies fossiles non conventionnelles ni avec le pétrole. L’assureur a également décidé de joindre la Net Zero Asset Owner Alliance, un groupe international composé d’investisseurs souhaitant orienter leur portefeuille de produits vers une neutralité carbone d’ici 2050.

« Contrairement aux États – qui n’ont pas été à la hauteur des enjeux de la COP 26 – de nombreuses entreprises ont compris l’urgence de la situation. Elles savent désormais qu’il n’y aura pas de business sur une planète transformée en étuve » – Fabrice Bonnifet, président du Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D).

Une autre initiative notable est le lancement de la First movers coalition (FMC). Il s’agit d’une coalition d’entreprises composée entre autres d’Apple, Vattenfall, Volvo Group et Boston Consulting Group. Son but : aider les entreprises à « accélérer les nouvelles technologies de décarbonation ». La coalition est formée de 8 secteurs représentant 30 % des émissions mondiales.

Quels secteurs se démarquent ?

Les entreprises étaient nombreuses à la COP26 avec une vingtaine de secteurs représentés et des créations de coalitions. Bon nombre d’entre elles ont d’ailleurs choisi d’agir à leur échelle pour lutter contre le réchauffement climatique. L’un des secteurs les plus engagés est l’automobile. Les constructeurs automobiles Mercedes, Jaguar Land Rover, Ford, General Motors, Volvo, BYD et une filiale de Tata Motors ont ainsi décidé de ne plus commercialiser de véhicules essence et diesel sur leurs marchés principaux d’ici 2035.

Il faut également s’attendre à ce que la production d’énergies renouvelables prenne de plus en plus d’ampleur. Notons par exemple qu’en dépit de son opposition à la disparition totale des énergies fossiles, l’Inde a annoncé son intention d’atteindre la neutralité carbone en 2070, notamment en investissant en masse dans l’énergie photovoltaïque. C’est un signal encourageant de la part de l’un des pays émettant le plus de gaz à effet de serre !