Réforme des retraites : que va changer l'âge pivot ?

Happy senior couple in autumn park

Sommaire de l'article

Sans aller jusqu’à repousser l’âge minimum de départ en retraite, la réforme en cours de préparation risque de pousser les Français à travailler plus tard. La cause ? L’introduction d’un âge pivot en dessous duquel le montant des pensions de retraite ferait l’objet d’un « malus », sous forme de décote. Décryptage.

Retraite : à quel âge peut-on s’arrêter de travailler en 2019 ?

L’âge de la retraite a beaucoup évolué au fil des années. En France, on peut partir à la retraite dès 62 ans si l’on est né(e) après 1955 et qu’on ne bénéficie pas d’un droit à la retraite anticipée. C’est l’âge minimum, mais il en existe un autre : l’âge du taux plein.

ÂgeTranche d’âgeDéfinition
Âge minimum légal

entre 60 et 62 ans selon l’année de naissance, 58 ans pour les actifs ayant droit à une retraite anticipée

 

Il s’agit de l’âge auquel les actifs peuvent liquider leurs droits et arrêter de travailler. Fixé à 60 ans en 1984, sous la présidence de François Mitterrand, il a été progressivement relevé à 62 ans par la réforme des retraites de 2010.

Attention, atteindre l’âge légal ne suffit pas pour toucher sa pension complète. Les actifs qui atteignent 62 ans sans avoir validé la durée d’assurance requise (172 trimestres ou 43 ans pour les personnes nées après 1973) subissent une décote sur leur pension.

Âge du taux pleinentre 65 et 67 ans selon l’année de naissance

Il correspond à l’âge où le taux plein s’applique automatiquement, quel que soit le nombre de trimestres validés. En d’autres termes, une fois passé cet âge, la décote s’annule. En 2019, il est compris entre 65 et 67 ans.

Lorsqu’ils n’ont pas atteint la durée d’assurance nécessaire pour partir en retraite à taux plein, de nombreux actifs choisissent de continuer de travailler au-delà de 62 ans toucher une meilleure pension. En effet, chaque trimestre manquant entraîne une décote, calculée à partir d’un coefficient de minoration, en fonction de l’année de naissance :

  • jusqu’en 1944 : 1,25 %
  • 1945 : 1,187 5 %
  • 1946 : 1 125 %
  • 1947 : 1 %
  • 1948 : 0,937 5 %
  • 1949 : 0,875 %
  • 1950 : 0,812 5 %
  • 1951 : 0,75 %
  • 1952 : 0,687 5 %
  • depuis 1953 : 0,625 %
Bon à savoir : rien n’interdit de continuer à travailler après l’âge légal de la retraite, voire après l’âge du taux plein. Mais il faut savoir qu’un employeur a le droit de mettre un salarié à la retraite dès ses 70 ans.

Combien de trimestres sont nécessaires pour bénéficier du taux plein à l’âge de la retraite ?

Pour profiter d’une retraite à taux plein à 62 ans (ou 60 si vous êtes né-e avant 1955), vous devez avoir cotisé le nombre de trimestres requis pour la durée d’assurance. Seules les personnes nées avant 1953 bénéficient automatiquement d’une retraite à taux plein, quelle que soit leur durée d’assurance retraite.

Année de naissanceNombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux pleinÉquivalent en années
1953, 1 954 165 trimestres41 ans et 3 mois
1955, 1956, 1 957 166 trimestres41 ans et 6 mois
1958, 1959, 1 960 167 trimestres41 ans et 9 mois
1961, 1962, 1 963 168 trimestres42 ans
1964, 1965, 1 966 169 trimestres42 ans et 3 mois
1967, 1968, 1 969 170 trimestres42 ans et 6 mois
1970, 1972, 1 973 171 trimestres42 ans et 9 mois
Depuis 1 973 172 trimestres 43 ans

L’âge légal et l’âge du taux plein de la retraite en France

L’âge du taux plein correspond à l’âge auquel la décote cesse de s’appliquer. Selon l’année de naissance, il peut aller de 65 à 67 ans.

Date de naissanceÂge légal de la retraiteAge de retraite à taux plein
Avant 195 160 ans65 ans
Avant le 1er juillet 195160 ans et 4 mois65 ans
Du 1 juillet au 31 décembre 195165 ans et 4 mois
195260 ans et 9 mois65 ans et 9 mois
195361 ans et 2 mois66 ans et 2 mois
195461 ans et 7 mois66 ans et 7 mois
Depuis 195 562 ans67 ans

Peut-on partir en retraite avant l’âge légal ?

Les dispositifs de retraite anticipée permettent à certaines catégories d’actifs de partir en retraite avant l’âge légal à taux plein, sous réserve de justifier d’un certain nombre de trimestres validés. Il en existe trois :

  • Carrière longue : réservée aux actifs ayant commencé à travailler très jeune (entre 14 et 20 ans), la retraite anticipée pour carrière longue (RACL) permet de partir parfois dès 56 ans.
  • Handicap : les actifs ayant travaillé la majeure partie de leur carrière en étant porteurs d’un handicap (minimum 50 % de taux d’incapacité) peuvent s’arrêter de travailler à partir de 55 ans.
  • Pénibilité : les actifs exposés à des facteurs de pénibilité (bruit, travail à la chaîne, travail de nuit, amiante, etc.) durant leur carrière peuvent partir en retraite parfois dès 50 ans.

Il existe un dispositif, la retraite progressive, qui permet, avec accord de l’employeur de partir en retraite à mi-temps, dès 60 ans. Ce mécanisme, réservé aux bénéficiaires du régime général de la Sécurité sociale, est accessible sous 3 conditions :

  • l’actif a au moins 60 ans ;
  • Il/elle peut justifier d’une durée d’assurance retraite d’au moins 150 trimestres ;
  • la durée globale de travail à temps partiel doit représenter entre 40 % et 80 % de la durée de travail à temps complet.

Âge de la retraite : ce qui change avec la réforme

Âge pivot : la retraite à 64 ans ?

La réforme des retraites actuellement en débat vise à instaurer un régime de retraite universel, par points. Finis, les régimes par trimestres (autrement dit, tous les régimes de retraite de base). Salariés, indépendants, fonctionnaires, agriculteurs et autres catégories socioprofessionnelles cotiseront tous au même régime. Le système de retraite « par points » est d’ores et déjà utilisé dans les caisses de retraite complémentaires (Agirc-Arco, RAFP, Ircantec, etc.) pour calculer le montant des pensions.

Suivant cette logique, la retraite ne dépendrait plus du nombre de trimestres, mais du nombre de points cumulés tout au long de sa carrière professionnelle. De ce fait, la notion de « taux plein » s’efface et devient obsolète. Jean-Paul Delevoye préconise de conserver l’âge légal à 62 ans, mais de supprimer l’âge du taux plein pour le remplacer par un âge pivot.

L’âge pivot, un système « bonus/malus » appliqué aux retraites

Aussi appelé « âge d’équilibre », l’âge pivot vise à inciter les Français à travailler plus longtemps tout en compensant les inégalités de retraite. Dans le rapport remis par Jean-Paul Delevoye au gouvernement, il serait théoriquement fixé à 64 ans. Ce qui signifie qu’en dessous, le montant des pensions de retraite ferait l’objet d’une décote (le même mécanisme actuellement appliqué au taux plein). Selon le haut commissaire à la réforme des retraites, le palier de 64 ans correspond à l’âge moyen projeté de départ à taux plein en 2025. À titre de comparaison, il était de 63 ans en 2018.

Au lieu du nombre de trimestres validés et de l’année de naissance, c’est cet âge qui décidera du montant de la pension de retraite de base. 

  • Si vous partez en retraite avant l’âge pivot : votre pension sera amputée d’une décote de 5 % par an ;
  • si vous partez en retraite après l’âge pivot : votre pension sera majorée d’une surcote de 5 % par an ;

Autrement dit, un actif qui liquide ses droits à la retraite à 63 ans toucherait 95 % de sa pension, 90 % s’il part à 62 ans, 85 % s’il part à 61 ans, etc. A contrario, s’il part à 65 ans, il touchera 5 % supplémentaire du montant de sa pension de base. Cet âge pivot a pour objectif d’inciter les actifs à travailler plus longtemps, mais également à ne pas pénaliser les actifs dont la carrière professionnelle est « morcelée ».

À qui profite l’âge pivot ?

Cet âge pourrait ensuite évoluer en fonction de l’espérance de vie des Français. Ce système, s’il venait à être adopté, favoriserait certains profils, comme :

  • les cadres ;
  • les actifs ayant connu des périodes d’interruption dans leur carrière ;
  • et les femmes, qui doivent souvent attendre l’âge du plein pour pouvoir partir en retraite sans décote (1 salariée sur 5).

En revanche, l’âge pivot pénaliserait aussi certains profils, comme les étudiants qui effectuent des « petits boulots » et des stages (ce qui valide des trimestres).

Bon à savoir : cet âge pivot ne concernerait pas les actifs qui partent en retraite anticipée au nom du dispositif « carrière longue ».

Emmanuel Macron pas favorable à l’instauration d’un âge pivot

Interrogé sur France 2 à ce sujet, le chef de l’État a fait part de son opposition au projet :

« Je préfère qu’on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l’âge. Parce que si vous avez un accord sur la durée de cotisations, quand vous rentrez tard dans la vie professionnelle, vous finissez plus tard. Et quand vous commencez tôt, vous cotisez plus longtemps donc vous partez plus tôt. »

Emmanuel Macron préconise d’instaurer une durée minimum de cotisation à la place, ce qui favorisait les personnes ayant commencé à travailler jeunes.

►Lire aussi : Retraite à 40 ans : qu’est-ce que le frugalisme ? 

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