1. Retraite : tout ce qu'il faut savoir pour bien la préparer

  2. Comprendre la réforme des retraites

  3. Que va changer la nouvelle réforme des retraites pour les femmes ?

Que va changer la nouvelle réforme des retraites pour les femmes ?

Black Businesswoman Talking On Cellphone And Using Laptop In Office, Panorama

Sommaire de l'article

C'était l'une des promesses d'Édouard Philippe : faire des femmes "les grandes gagnantes" de la réforme des retraites. Un argument de poids, quand on sait qu'en moyenne la pension de retraite d'une femme est inférieure à celle d'un homme de... 42%. Carrières hachées, interrompues pour raisons familiales, revenus plus faibles, précarité, baisse des ressources en cas de divorce, etc. Force est de constater que le système actuel n'avantage pas les femmes. Le futur système va-t-il y remédier ? Décryptage.

Droits familiaux, pension de réversion, majoration de trimestres : ce qui est en place actuellement

Écarts salariaux, carrières hachées, emplois précaires, etc. Autant d'inégalités professionnelles qui aboutissent le plus souvent à une retraite plus faible pour les femmes

Selon la Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques (Drees), la pension de retraite des femmes en 2017 était inférieure de 29 % par rapport à celles des hommes. Un chiffre qui peut aller jusqu'à 42 % si on exclut la pension de réversion. Si certains mécanismes, comme les droits familiaux, permettent de réduire cet écart, les femmes restant désavantagées, et souvent dépendantes financièrement de leur conjoint, à l'heure de la retraite.

Face à ce constat, le gouvernement a voulu prendre des mesures. "Les femmes seront les grandes gagnantes" de la réforme des retraites, a ainsi promis Édouard Philippe depuis le Conseil économique, social et environnemental. Pour comprendre ce qui va changer, il faut se pencher sur les mécanismes en place actuellement concernant la retraite des femmes.

Naissance : une majoration de 5% dès le premier enfant

Réforme des retraites : une majoration de 5% dès le 1er enfant

Le système de retraite actuel prévoit une majoration de 10% de pension pour chacun des deux parents, mais uniquement à partir du 3e enfant. Pour les deux premières naissances (ou adoptions), rien n'est prévu. Une majoration de 8 trimestres cotisés par enfant est également prévue pour la mère. 

Avec la réforme des retraites, le taux tombe à 5%, mais s'applique dès le premier enfant, accordé par défaut à la mère, sauf si les parents décident d'un commun accord d'un partage. De quoi "compenser la maternité à 100%" a insisté le Premier ministre. 

Pourquoi ça pose problème ? 

Sur le plan financier, la majoration de 5% s'avère plus intéressante si elle profite au parent ayant le niveau de pension le plus élevé. Dans la majorité des cas, il s'agit du père (39% supérieure à celle des femmes). Or, les différences de revenus dans le couple peuvent créer une dépendance économique de l'un vis-à-vis de l'autre, qui s'accentue à la retraite. Le risque étant que l'autre conjoint ne puisse pas avoir les moyens de partir quand elles le souhaitent.

► Lire aussi : Le calendrier de la réforme des retraites

Familles nombreuses : 2% supplémentaires à partir du 3e enfant

Actuellement, seuls les parents de plus de 3 enfants bénéficient d'une majoration. Majoration qui s'élève à 10% dans le régime général, mais qui grimpe à 15% pour les parents fonctionnaires qui élèvent au moins 4 enfants. Si les nouvelles mesures entraient en vigueur, ce taux tomberait à 5% à partir du 1er enfant. Une bonne nouvelle donc, pour les parents d'enfant unique ou de deux enfants, mais qui pénaliseraient les familles nombreuses, mais également les femmes seules. C'est ce qu'affirme une étude de l'Institut de protection sociale (IPS) relayée le 29 novembre 2019.

Selon l'IPS, le système proposé par Jean-Paul Delevoye engendrait "une perte de droits exceptionnelle" pour les familles de trois enfants :

Les familles de 3 enfants, subissent quant à elles la « double peine » en cumulant la perte de la majoration de durée d’assurance avec celle de la majoration pour 3 enfants qui disparait également. Au sein du nouveau régime Delevoye, elles supportent également l’impact de la décote de 10% pour un départ à 62 ans, l’âge pivot étant calé à 64 ans (rappelons que dans le dispositif actuel, les mères de famille peuvent atteindre plus facilement le taux plein à 62 ans grâce aux majorations familiales qui disparaitraient dans le nouveau régime).

Avec la réforme des retraites, les parents de 3 enfants et plus bénéficieraient d'une revalorisation supplémentaire de 2%, en plus des 5% déjà prévus. Mais ce n'est pas tout : la réforme prévoit également la conversation des droits à l'Assurance Vieillesse des Parents au Foyer (AVPF) pour les mères au foyer à partir du 3e enfant, sous réserve qu'elle reste au foyer jusqu'aux six ans de l'enfant. 

Pourquoi ça pose problème ? Censé être favorable aux carrières hachées, le nouveau dispositif est en réalité défavorable aux mères d’un et deux enfants. La raison ? L'âge pivot de 64 ans, qui remplace l'âge du taux plein, possible dès 62 ans actuellement. Cet âge d'équilibre, s'il venait à être instauré, pénaliserait fortement les femmes. En effet, si ces dernières veulent partir à 62 ans comme actuellement, elles devront supporter une décote de 10% ; qui annihile largement la majoration des 5% pour enfant.

La perte sera ainsi de l’ordre de 9,09% pour les mères d’un enfant ayant cotisé pendant 38 ans, et de 17,21% si elles ont deux enfants.

Lire aussi : Nouvelle réforme des retraites : les annonces de 2019

Décès du conjoint : la réversion rehaussée à 70%

Dans 9 cas sur 10, c'est la femme qui touche la pension de réversion

Dans un couple, lorsque l'un des conjoints décède, le conjoint survivant se voit accordé une fraction de la pension dont bénéficiait ou aurait pu bénéficier l'assuré décédé. C'est la pension de réversion. Dans le régime général, la pension est égale à 54 % de la retraite que l'époux(se) ou ex-époux(se) percevait ou aurait pu percevoir (hors majorations). Dans la fonction publique, elle est de 50%

Dans 88% des cas, ce sont les femmes qui bénéficient d'une pension de réversion, à la mort de leur conjoint. Une écrasante majorité qui s'explique par une meilleure espérance de vie pour les femmes, et liée au fait qu'elles sont généralement plus jeunes que leur époux.

Avec la réforme des retraites : le système de réversion sera généralisé et "amélioré". Jusque là accordée sous conditions de ressources, la réversion sera automatique pour le conjoint survivant. En outre, le taux de réversion passerait à "70% des ressources du couple". Deux ombres au tableau : 

  • la pension sera réservée aux couples mariés, les ex-conjoint(e)s divorcé(e)s resté(e)s seul(e)s ne pourront plus y prétendre, comme c'est le cas aujourd'hui ;
  • la réversion ne pourra être perçue qu'à partir de 62 ans, contre 55 ans aujourd'hui selon les régimes.

Pourquoi ça pose problème ? Le mécanisme de réversion en place actuellement prévoit le partage de la pension entre le conjoint survivant et, le cas échéant, les ex-conjoints du défunt. Le découpage s'effectue au pro rata de la durée de l'union. Si cette option était supprimée, ce sont environ 84 000 femmes entre 55 à 62 ans qui ne pourraient plus bénéficier de cette pension.

► Lire aussi : Réforme des retraites : le bilan de 2019

En bref...

Le système actuel est aujourd’hui bâti sur le critère de la durée d’assurance tous régimes. Or, une étude d’avril 2015 prévoyait que les femmes auraient une durée validée tous régimes confondus supérieure à celle des hommes à partir de la génération 1960 et un âge moyen de liquidation inférieur à partir de la génération 1965 (étude DREES, Études et résultats, avril 2015). Même si force est de constater que l'on va davantage vers les générations des années 1970, on arrive à un niveau où, à 30 ans, hommes et femmes ont validé presque autant de trimestres (DREES, Etudes et résultats, octobre 2016).

Or, cette remise à niveau progressive pourrait bien s'arrêter avec la réforme. L'allongement de la durée d'assurance, gagné au fur et à mesure des années, permet actuellement aux femmes de compenser à la fois l’allongement des études et l’augmentation de la durée. C’est justement ce moment que choisit le Gouvernement pour proposer une réforme qui va fortement relativiser l’intérêt de la durée d’assurance. Un critère va rester utile uniquement dans le cas des carrières longues, qui s'adressent justement davantage les hommes que les femmes. Il n'est donc absolument pas certain qu'elles ressortent "grandes gagnantes" de cette réforme.

Foire aux questions

Comment améliorer son niveau de vie à la retraite ?

Il existe des dispositifs, comme l'Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) ou le minimum contributif (Mico).  Mais ces aides sont généralement accordées sous conditions d'âge et de ressources. Or, la retraite se prépare bien en amont. Grâce à des produits comme l'assurance vie ou l'épargne retraite. La grande nouveauté 2020 en la matière, c'est bien évidemment le Plan Épargne Retraite (PER). Accessible à tous, le placement rassemble et remplace l'ensemble des dispositifs d'épargne retraite existants (PERP, Préfon, contrats Madelin, article 83).

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