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Non classé13 Décembre 2019

Réforme des retraites : les annonces d’Édouard Philippe

Edouard Philippe devant le Cese

Nous y sommes, le gouvernement a enfin mis cartes sur table. Nous attendions ce moment depuis longtemps. Enfin un peu de clarté dans ce brouillard qu’est la réforme des retraites. Il faut bien l’avouer, nous n’y comprenions plus grand-chose. Entre annonces lancées à la volée, changements d’avis, négociations et manque d’explication, tout ceci devenait bien difficile à comprendre. Mais comme promis, mercredi 11 décembre, le gouvernement en la personne du Premier Ministre a décidé de ne plus se cacher. Avec fermeté et détermination, Edouard Philippe a présenté la réforme des retraites. Tour d’horizon d’un projet qui n’a pas fini de faire parler.

Une introduction pour mettre les choses au clair

Le Premier Ministre a commencé son intervention par montrer la détermination du gouvernement à mener ce projet à terme. « Le temps est venu de construire un système universel de retraites. Le président de la République l’a annoncé pendant sa campagne. » Il a ensuite enchaîné en rappelant rapidement notre histoire : « Nous proposons un nouveau pacte entre les générations, un pacte fidèle dans son esprit à celui que le Conseil national de la Résistance a imaginé et mis en œuvre après guerre pour créer le système de retraites actuel. Il refonde profondément les règles, pour corriger les injustices, adapter aux nouvelles trajectoires de carrière, pour prendre en compte les nouvelles précarités […], mais il reste fidèle aux valeurs fondatrices. »

Il a également voulu rappeler que la France est un pays solidaire et qu’elle « ne fera jamais le choix, du chacun pour soi et du tant pis pour les autres. »  Edouard Philippe n’a d’ailleurs pas voulu minimiser la responsabilité du gouvernement dans ces mouvements sociaux.

Si seulement Matignon avait pris le taureau par les cornes en faisant le choix d’expliquer son projet plus tôt, nous n’en serions peut-être pas là. Avec des « si » nous pourrions refaire le monde et nous ne sommes pas là pour ça.

Le point sensible : les grèves 

Est-ce que ces grèves ont ébranlé la confiance du gouvernement dans ce projet fastidieux ? À en croire Édouard Philippe, pas le moins du monde. « Cette refondation n’est pas une bataille », il ajoute également : « Je ne veux pas, dans la France d’aujourd’hui, fragmentée, hésitante entre optimisme et déclinisme, parfois heureuse ici et ailleurs en colère, entrer dans la logique du rapport de forces. Je ne veux pas de cette rhétorique guerrière, je ne veux pas entrer dans ce rapport de force. » Matignon ne semble pas vouloir reproduire les évènements de l’année dernière avec le mouvement des gilets jaunes.

Pour les plus frileux, le Premier Ministre a voulu aussi rassurer les Français : « Il n’y a pas d’agenda caché. Nous ne cherchons pas des petites économies ici ou là. Nous ne voulons léser personne, mais au contraire protéger davantage le pouvoir d’achat des travailleurs et des retraités.» Edouard Philippe a insisté sur le fait que cette réforme est respectueuse des intérêts de chacun, «attentive aux parcours de vie, juste et durable ».

SAMSON AFP

Enfin, il finit par rappeler que dans ce genre de débat : « Il n’y aura ni vainqueur ni vaincu. Nous voulons que tous les Français gardent la tête haute, et qu’ils se rassemblent autour des trois principes d’universalité, d’équité et de responsabilité qui forment le cœur de notre projet ». Pas sûr que tout le monde l’entende de cette oreille.

Le système des régimes spéciaux est mort, vive le système universel 

Réforme des retraites : l’ère des régimes spéciaux touche à sa fin

Rentrons à présent dans le vif du sujet : l’introduction d’un système par points universel. Pour y parvenir, il n’y a pas 36 solutions. Pour le Premier Ministre il va falloir mettre fin aux régimes spéciaux. C’est une question d’équité pour le gouvernement : « Nous devons redonner confiance dans un système qui ne doit plus être soupçonné de privilégier certains aux dépens des autres. […] Le système sera le même pour tous les Français, sans exception, au lieu d’être organisé selon des logiques de statuts. » 

Nous nous questionnions depuis plusieurs jours sur ce sujet : le gouvernement va-t-il rebrousser chemin ? Va-t-il céder à la pression des syndicats ? Eh bien non, Matignon garde le cap comme le rappelle Edouard Philippe : « La mise en place d’un système universel implique la suppression des 42 régimes existants, dont les régimes spéciaux. Je sais que de nombreux salariés de la SNCF et de la RATP notamment contestent cette ambition. Mais elle est au cœur du projet présidentiel, validé par le suffrage universel ».

Le Premier Ministre a tout de même tenu à rassurer les Français, en leur garantissant une transition en douceur : « Nous le ferons, progressivement, sans brutalité, et dans le respect des parcours individuels. »

« Une règle d’or » sur la valeur du point

Concernant la valeur des points, le gouvernement ne veut pas le faire à la sauvette ou dans son coin. Il a appelé les partenaires sociaux à participer : « Nous demandons aux partenaires sociaux de fixer sa valeur et son évolution, sous le contrôle du Parlement. La loi prévoira une règle d’or pour que la valeur des points acquis ne puisse pas baisser. La loi ira même au-delà puisqu’elle prévoira une indexation progressive non pas sur les prix, mais sur les salaires. »

Une pension minimale de 1000 €

Autre pas en avant, « Nous garantirons une pension minimale de 1 000 euros net par mois pour une carrière complète au SMIC. » Le gouvernement décide même d’aller plus loin : « le minimum de pension sera garanti par la loi à 85 % du SMIC dans la durée et évoluera comme celui-ci. »

Ainsi, grâce à cette avancée, les Français qui ont connu une carrière heurtée ou fractionnée ne seront plus pénalisés. Comment ? « Chaque heure travaillée permettra d’acquérir des points et donc d’améliorer sa pension. » Edouard Philippe en a d’ailleurs profité pour tacler légèrement le système actuel : « Très rapidement, nous regarderons la règle actuelle, ce seuil des 150 heures par trimestre en deçà duquel on cotise sans s’ouvrir de droits, comme un vestige peu glorieux des anciens régimes ».

Le gouvernement a voulu que les partenaires sociaux aient une place privilégiée dans la transition vers ce projet de réforme des retraites. Ainsi, concernant la gouvernance,  « il leur reviendra donc de fixer une trajectoire de retour à l’équilibre puis de maintenir celui-ci. Elle aura à prendre des décisions qui seront mises en œuvre dès le 1er janvier 2022. »

AFP

Réforme des retraites: « Les femmes, grandes gagnantes »

Edouard Philippe a ensuite voulu aborder un point sensible, surtout aujourd’hui : les pensions des femmes. Il s’est d’abord insurgé du gouffre qui sépare les pensions des hommes de celles des femmes. Une injustice qui court depuis trop longtemps et qui, selon le Premier Ministre, serait partiellement gommée par la réforme des retraites. « Nous savons que ce chemin sera long et que les femmes connaissent plus souvent que les hommes des interruptions de carrière, notamment pour s’occuper de leurs enfants. »

Comment ne pas les pénaliser ? Edouard Philippe a annoncé que « La maternité sera compensée à 100 % ». De plus, le gouvernement a décidé d’accorder 5 % supplémentaires pour chaque enfant, et ce dès le premier et non à partir du troisième comme aujourd’hui. Autre nouveauté, cette majoration sera accordée à la mère sauf choix contraires des parents. Le père et la mère devront alors se la partager. Mais, petit coup de pouce supplémentaire, le gouvernement accordera 2 % en plus aux familles de trois enfants et plus. 

Autre nouveauté : « Chaque année 80 000 femmes sont contraintes d’attendre 67 ans pour liquider leur retraite, car elles n’ont pas assez de trimestres travaillés. Ces femmes pourront à terme toucher leur pension avec deux à trois ans plus tôt qu’aujourd’hui. »

Enfin, Edouard Philippe a rappelé que 90 % des bénéficiaires des pensions de réversion sont des femmes, ainsi, le gouvernement a prévu de préserver et de généraliser le système de réversion « en garantissant au conjoint encore vivant 70 % des ressources du couple. »

Il faudra travailler plus longtemps 

Le Premier Ministre a voulu mettre l’accent sur la responsabilité. Celle de chacun, mais aussi celle du gouvernement. Pour exemple, il a voulu rappeler un chiffre que beaucoup ont sans doute oublié : « Il y avait 4 actifs pour financer 1 retraité en 1950. Il n’y en a plus que 1,7 aujourd’hui. Cet esprit de solidarité nous oblige à bâtir ce nouveau système sur des bases financières solides. »

Pour Édouard Philippe il n’y a pas 36 solutions : « Pour garantir les pensions, pour financer un niveau élevé de solidarité, pour profiter de la hausse de l’espérance de vie, sans augmenter les impôts, la seule solution, c’est de travailler progressivement un peu plus longtemps, comme c’est le cas partout en Europe ».

C’est ainsi qu’il a mis sur la table la fameuse question de l’âge pivot ou âge d’équilibre. Il en a fait du bruit cet âge pivot. Que cela soit par total désaccord ou par manque de compréhension, la France entière semble grogner à l’évocation de ce terme générique.

Longtemps, le Président de la République avait évoqué sa réticence à mettre en place une telle mesure, mais Matignon a finalement choisi son camp et s’est rabattu dans le camp du haut commissaire Delevoye. Le gouvernement compte reprendre la proposition du haut-commissaire qui consiste à instaurer, au-dessus de l’âge légal, un « âge d’équilibre », avec un système de bonus-malus. » Le COR nous dit qu’il faudrait fixer à 64 ans en 2025 pour atteindre l’équilibre. »

Cette simple petite phrase a fait l’effet d’une bombe. Pour de nombreux syndicats, même la CFDT favorable à un système par points, en adoptant l’âge pivot, le gouvernement a franchi la ligne rouge.

Edouard Philippe a tout de même tenté de calmer le jeu en promettant que « les personnes, qui ont commencé à travailler tôt, avant 20 ans, pourront continuer de partir deux ans avant les autres ». Pas sûr que cela suffise à calmer la colère des syndicats…

Réforme des retraites : la pénibilité 

Pour finir, le Premier Ministre est revenu sur les cas particuliers des métiers difficiles ou pénibles. « Nous allons étendre et améliorer la prise en compte de la pénibilité selon des critères qui seront les mêmes pour tous. » Le compte pénibilité sera ouvert à :

  • la fonction publique
  • l’hôpital

Comment ? En abaissant le seuil du travail de nuit, afin que davantage d’agents puissent bénéficier d’un départ anticipé.

Le cas des enseignants 

Une concession faite aux enseignants. Le Premier Ministre promet que les enseignants ne perdront pas le moindre euro de pension. « Le niveau des retraites des enseignants sera sanctuarisé et comparable aux métiers équivalents dans la fonction publique. » À suivre…

Réengager le dialogue pour la réforme des retraites

Edouard Philippe souhaite à présent que tout le monde prenne ses responsabilités et accepte l’entrée d’une nouvelle façon de faire. Le gouvernement s’est voulu clair et engagé, il souhaite à présent que les syndicats accueillent le dialogue et cesse de bloquer le pays : « Il me semble que ces garanties permettent que les discussions reprennent et que la grève qui pénalise beaucoup de Français s’arrête […] Nous avons pris le temps de concerter, on nous a reproché d’en prendre trop. Il faut désormais avancer. Je n’exclus pas que ceux qui disaient que nous allions trop lentement disent désormais que nous allons trop vite. Dès aujourd’hui je souhaite que les présidents d’entreprise publique engagent le dialogue avec les organisations syndicales. »

Conclusion

Le Premier Ministre a clôturé son long discours en rappelant que le gouvernement était désormais dans une phase d’action. Les prochains mois seront déterminants pour la bonne mise en marche de ce projet. « Je suis totalement déterminé à mener à bien cette transformation, parce que je la crois profondément juste ». Il conclut en disant : « Ce n’est pas un saut dans l’inconnu, c’est un retour aux sources de notre République. Le temps est bien venu de construire un système universel de retraites ».